Ca fait un petit moment que je réfléchis à ce post... Je sens maintenant que j'ai été assez longtemps en immersion, je suis mûre pour partager ça avec vous !

Comme la majeure partie d'entre vous doit déjà le savoir, les sacres (=jurons) québécois sont dérivés des mots christ, calice, tabernacle, et hostie appartenant au lexique de la religion catholique.

christ calice tabernacle ostie

Historiquement, on peut expliquer cet héritage linguistique par l'influence importante de l'Eglise catholique dans la construction du Québec. Certains estiment que les sacres ont constitué, en partie du moins, un exutoire vis-à-vis du contrôle exercé dans toutes les sphères de la société québécoise par l'élite ecclésiastique de l'époque. Prononcer un juron avait autrefois la valeur symbolique d'exprimer son rejet de l'Eglise catholique. Toutefois, cet usage s'est répandu dans toute la population, parfois même dans le clergé... Depuis les années 70 et la Révolution Tranquille (période correspondant aux années 60, caractérisée par une réorientation de l'Etat québécois qui adopte les principes de l'Etat-providence, la mise en place d'une véritable séparation de l'Eglise catholique et de l'Etat et la construction d'une nouvelle identité nationale québécoise, qui s'écarte du nationalisme traditionnel canadien-français. C'est une rupture importante dans l'histoire du Québec), la religion joue un rôle de moins en moins déterminant dans la vie québécoise. Aujourd'hui, l'utilisation des sacres a perdu sa signification première, ces jurons font partie intégrante du québécois parlé.

Ils s'utilisent seuls comme interjection, pour marquer l'exclamation, ou pour appuyer l'intensité une proposition (qui exprime aussi bien une situation géniale qu'une situation très énervante). Ils ont aussi la particularité de donner lieu à des noms communs, des adjectifs, des verbes ou des adverbes ! A noter que souvent ces jurons sont interchangeables. Les sacres peuvent aussi être combinés entre eux (exemple : hostie d'câlice !), mais c'est à manier avec précaution pour ne pas avoir l'air ridicule... Je ne me suis jamais risquée à sacrer en québécois, par contre je me suis plutôt bien appropriée l'argot.

Pour chaque sacre, j'ai mis des exemples de mots d'atténuation (comme on dirait pirouette ou pitontain - n'est-ce pas Mamichou ? - à la place de putain par exemple, pour les enfants) et d'expressions couramment utilisées, du moins par mon entourage.... Depuis quelques semaines seulement je commence à trouver les gens qui jurent beaucoup  un peu vulgaires. Au début je trouvais ça juste très drôle !

Les sacres québécois

Crisse (crime)

C'est crissement bon

Crisse de cave ! = Débile, imbécile !

J'm'en crisse = j'men fous

Décrisser, crisser son camp = se casser, dégager "Décrisse d'icitte !"

Se faire crisser d'là = se faire dégager

Etre en crisse (ça marche aussi : être en hostie, être en tabarnac, être en câlisse...) = être en colère

Câlisse (câline) On peut aussi écrire câlice

Câlisse ! J'y crois pas...

On décâlisse d'ici ! ou encore Décâlissamos (invention de Christine et Fred) = on dégage de là

J'm'en câlisse = j'm'en fous

C'est câlissement bon ! (mais moins répandu que crissement)

Tabarnaque (tabarnouche, tabarouette, tabernache...)

C'tait cool en tabarnaque !

Hostie :

Hostie qu'c'était bon !

Hostie qu'c'est plate ! / C'est plate en hostie = c'est chiant à mourir

Hostiner quelqu'un = tenir tête à quelqu'un

Maudit :

C'est plate en maudit = c'est chiant à mourir

Maudit français ou maudit tout ce que tu veux....

Un peu d'argot (et d'expressions)

Fourrer = baiser

Courir la galipotte = être un coureur de jupon

Cruiser = draguer

Placotter, jaser = discuter

Se pogner la beigne, brêter = se tourner les pouces, glander

Embraye ! = magne-toi !

C'est fou raide / C'est fou malade = c'est génial, c'est énorme

J'capote ! = j'hallucine ! (en positif ou en négatif)

En malade = gavé. "J'ai faim en malade", ou encore "J'ai soif en malade" (célèbre refrain d'une chanson de l'album Sweet Mamma Yeah ! du groupe Québec RedNeck BlueGrass Project)

Pogner = prendre

Torcher des culs = tout déchirer

Se mettre une brosse = se cuiter, se torcher la gueule

Etre su'a'brosse (i.e. être sur la brosse) = être bourré ("Chuis ben plus cool su'a'brosse", dans la même fameuse chanson)

The Québec RedNeck BlueGrass Project - Je R'Léve De Brosse

Etre lendemain de veille = avoir la gueule de bois

Passer tout droit = ne pas se réveiller

Etre complètement dans l'champs, Etre à côté d'la track = être à côté de ses pompes

The Québec RedNeck BlueGrass Project - J'ta côté d'la Track

Patente, cossin, bébél... = trucs dont on n'a oublié le nom